Les œufs ne valent plus du tout le même prix selon leur mode de production. Et en Europe, la différence devient si forte qu’elle surprend même les professionnels. Cette semaine, les œufs de code 2, ceux des poules élevées au sol, ont atteint des niveaux jamais vus. À côté, les œufs de code 3, issus de cages aménagées, montent aussi. Mais beaucoup moins vite.
Des records historiques pour les œufs au sol
Le signal est clair. Les œufs au sol battent record après record en Europe. Aux Pays-Bas, l’œuf brun 53-54 g coté au NOP atteint 16,82 €/100. C’est 3,8 % au-dessus du précédent sommet de décembre et 11 % de plus qu’il y a un an.
En Allemagne, la hausse est encore plus visible. L’œuf brun M à Weser-Ems s’affiche à 20,39 €/100. Cela représente une hausse de 5,1 % par rapport au précédent record de l’an dernier. En Belgique aussi, la tension reste forte avec un œuf 55-60 g à 18,13 €/100 œufs.
Pourquoi le marché se tend autant
La raison principale tient à un déséquilibre simple. L’offre d’œufs alternatifs ne suit pas la demande. Les consommateurs, les enseignes et les industriels se tournent de plus en plus vers ces œufs. Mais les volumes disponibles restent trop faibles.
Cette pression se voit partout. En Espagne, la part de l’alternatif a doublé en cinq ans. Pourtant, elle ne représente encore que 36 % des poules. C’est beaucoup mieux qu’avant. Mais ce n’est pas assez pour calmer le marché.
Le mouvement continue aussi en Pologne et dans plusieurs pays de l’Est. De nombreux chantiers de transformation sont en cours. Malgré cela, la transition prend du temps. Et pendant ce temps, les prix grimpent.
Les œufs de cage montent aussi, mais restent loin derrière
Les œufs de code 3 suivent eux aussi une tendance haussière. Mais ils ne cassent aucun record. En Belgique, ils se situent à 14,05 €/100 kg. Cela reste 11 % sous le niveau de l’an dernier.
En Allemagne, la baisse annuelle est encore de 2,6 %. Autrement dit, la cage ne profite pas de la même tension que l’élevage au sol. Le marché reste plus calme. Ou plutôt, moins sous pression.
Cette différence montre quelque chose d’important. Ce ne sont pas les œufs en général qui manquent de la même façon. C’est surtout l’œuf alternatif qui est sous tension. Et cela change tout pour les acheteurs.
En France, la hausse reste plus contenue
En France, la moyenne des prix des œufs calibrés M et L atteint 17,89 €/100 œufs au 20 mars. La hausse est légère. Mais le niveau reste élevé pour de nombreux clients.
Le prix dépasse de 0,3 % celui de l’an dernier à la même date. Ce n’est pas une explosion. Pourtant, les grossistes signalent déjà un blocage chez certains acheteurs. La caisse de 360 œufs passe mal dans certains circuits. Le seuil psychologique semble proche.
Comme chez nos voisins, la demande se porte davantage vers l’alternatif. Et les manques sont nets en plein air. C’est là que la tension se fait sentir le plus vite. Quand l’offre manque, le prix suit presque toujours.
La maladie ajoute de l’incertitude
Le marché ne dépend pas seulement de la consommation. La situation sanitaire pèse aussi lourd. Ces dernières semaines, plusieurs foyers de maladie ont rappelé à quel point la filière reste fragile.
En Pologne, des cas de maladie de Newcastle sont parfois déclarés depuis plusieurs années. Mais un événement a marqué les esprits en Allemagne. Un élevage a été totalement dépeuplé en début de mois. Il s’agissait de 900 000 volailles, pour la chair comme pour la ponte. Une première en 30 ans.
En Espagne, un autre élevage de pondeuses a aussi été touché. Chaque incident ajoute de la nervosité. Et sur un marché déjà tendu, la nervosité se transforme vite en hausse de prix.
Ce que cela change pour vous
Si vous achetez des œufs, vous avez sans doute déjà vu la différence en rayon. Les hausses ne sont pas uniformes. Certaines références restent stables. D’autres deviennent franchement plus chères.
Si vous êtes professionnel, le message est encore plus net. Le marché se sépare en deux vitesses. D’un côté, l’œuf alternatif, rare et cher. De l’autre, l’œuf de cage, plus calme mais toujours bien présent. Ce décalage peut durer si la production alternative ne monte pas plus vite.
Et c’est là que se joue la suite. La demande continue de tirer vers les modes d’élevage perçus comme plus durables ou plus souhaitables. Mais l’offre, elle, avance plus lentement. Tant que cet écart existe, les prix resteront sous tension. Et parfois, ils grimperont encore plus vite qu’on ne l’imagine.









